Alain Souchon: «J’étais le contraire de la virilité de Johnny»

Alain Souchon: «J’étais le contraire de la virilité de Johnny»
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Ce qui frappe avec Alain Souchon, c’est qu’il arrive encore à écrire des chansons qui marquent. « Presque » est déjà… presque un classique de son répertoire et c’est une chanson qui sort alors qu’il a un âge où plus aucun chanteur n’arrive à faire opérer le charme. Il y a des contre-exemples, bien sûr. Henri Salvador a cartonné grâce à « Chambre avec vue » à plus de 80 ans, mais ce n’est pas lui qui en a écrit les paroles ! Mais aujourd’hui, les Polnareff, Dutronc, Jonasz, Lama n’ont plus fait un tube depuis des décennies parfois !

Vous avez un truc en plus, alors, Alain ?

Je l’aime bien « Presque ». Mais quand on fait des chansons, on ne se rend compte de rien. Bien sûr, je pense à la chanson, à la faire le mieux possible, et je suis d’une génération pour qui les paroles sont importantes, mais pour le reste…

Votre album est très court, une grosse demi-heure, pourquoi ?

Mais parce que ça a toujours été le cas, je fais des albums de 10 chansons et c’est déjà à faire ainsi. Pour une chanson, j’attends toujours un déclic, donc 10 chansons, ça suffit bien.

Il n’y a qu’un titre de Voulzy, c’est peu, non ?

Oui, mais ce n’est pas mon choix, c’est lui qui était occupé.

Vous avez fait le disque avec Pierre et Charles, vos deux fils. C’est facile de travailler avec ses enfants ?

Pour moi, oui. Ce sont eux qui m’ont demandé de le faire. Moi, je me disais que j’allais peut-être arrêter, je commence à me faire vieux… Mais eux, ça les amuse que je sois chanteur ! Et un rapport familial, c’est toujours bienveillant. Je sais que s’ils me font une remarque, c’est uniquement pour améliorer le résultat. Et puis, ils ont une vision moderne de la chanson. Moi, c’est pas sûr.

Pierre et « Ours », comme Charles se fait appeler, n’ont pas eu votre impact…

J’ai pensé que je les gênais, que je prenais trop de place, que c’était difficile pour eux de faire la leur, mais eux, ils ne pensent pas ça ! Pierre ne voulait pas être chanteur, juste écrire. Ours, il n’a pas la télé avec lui, quelquefois la radio, mais il aime que ce soit comme ça. Il remplit les salles, mais elles sont petites. Et sa musique est de qualité. Je crois que ça lui convient.

La nostalgie traverse toute votre œuvre…

Possible. Se replonger dans les souvenirs qu’on a de nos 15, 20 ou 30 ans, c’est un délice. Et en faire des chansons, c’est encore mieux : le temps enlève les aspérités, ça ne pique plus, il n’y a plus que le sourire et les baisers de la jolie fille qu’on a connue. L’effet reste toute la vie et ça fait du bien de se le rappeler.

Chez vous, cette omniprésence de la nostalgie est peut-être liée à votre histoire familiale, non ?

Ça a été compliqué, j’ai été chamboulé d’une famille à l’autre, mais un enfant ne le vit pas nécessairement mal. Je n’ai croisé finalement que des gens bienveillants. Bon, il y a eu des drames mais, à la mort de mon père (dans un accident de voiture), j’étais déjà ado…

Vous êtes de la génération de Johnny et de Sheila, vous êtes même né entre eux deux, mais vous avez mis beaucoup plus de temps à percer, pourquoi ?

Quand le succès est arrivé, j’avais déjà au moins 27 ou 28 ans. Je ne suis pas le seul dans le cas, c’est arrivé aussi à Jean-Jacques Goldman, mais lui, à 27 ans, il avait la chance d’en paraître 16 physiquement…

Physiquement, parlons-en. On ne peut pas dire que vous n’avez jamais tablé sur votre physique, mais vous l’avez fait de manière paradoxale, on peut dire ça ?

C’est la manière de se présenter qui allait avec mon personnage. J’arrivais après Johnny Hallyday, Joe Dassin ou Mike Brant qui misaient tous sur une virilité assumée. Moi qui ne savais pas faire ça, ça m’a beaucoup amusé de faire exactement le contraire ! Cela dit, dans la vie, je n’étais peut-être pas si éloigné d’eux ! Il y avait une partie de pose…

On dit qu’une de vos premières chansons, vous la destiniez à Frédéric François, c’est vrai ?

Absolument ! Et il le sait d’ailleurs, je le lui ai dit. Je venais de me marier, on avait un premier enfant et… je ne gagnais pas ma vie ! Je voulais me démerder. « L’Amour 1830 », c’était une chanson mignonne, gentille et touchante comme les chantait Frédéric à l’époque. Donc, je vais chez un éditeur pour qu’il la lui donne. Je la chante, mais l’éditeur m’a encouragé à la faire moi-même. Juste après, j’ai rencontré Voulzy qui a permis à mes chansons de dépasser mes limites de compositeur.

Vous qui avez déjà une petite dizaine de Victoires de la musique, ça vous touche d’être encore nommé trois fois cette année ?

Ah oui bien sûr ! C’est comme si j’étais encore vivant ! C’est sympa qu’on m’aime bien encore…

La postérité, vous y pensez ?

Ah non ! Ça n’existe pas pour les chansons, elles appartiennent à une époque, à un air du temps, c’est le cas de le dire, ça ne me taraude pas du tout. Peut-être une ou deux chansons resteront, mais je miserais plutôt sur Trenet ou Brassens. Ce qui me plaît, c’est de m’être faufilé vers le succès, moi qui n’étais pas bon aux études, je remercie le ciel, mais j’ai eu aussi beaucoup de chance. Donc, la postérité, non, ça ne me hante pas !

Et la mort, elle vous tracasse ?

J’y pense, mais avec beaucoup moins de panique ! À 30 ans, elle me terrorisait. Mais aujourd’hui, la vie est bien faite, vous savez. Petit à petit des gens de ma famille, des amis disparaissent, alors, ça calme, je me dis un jour j’irai les rejoindre, j’y passerai aussi. Bien sûr, je ne souhaite pas mourir, mais ça s’est normalisé si vous voulez.

Sam Christophe

► Alain Souchon, nouvel album « Âme Fifties » chez Warner. En concert à Forest National (le 31 janvier et le 24 novembre) et au Wex de Marche-En-Famenne (le 14 mai). Il est nommé 3 fois aux Victoires de la Musique 2020 : catégories album, artiste masculin, chanson originale.

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